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La CVX à Lubumbashi : 40 ans de cheminement

La célébration du jubilé de quarante ans de vie de notre communauté était, comme le suggère la tradition ignacienne, une occasion de relire le parcours couvert en vue d’interroger notre fidélité au charisme CVX, d’évaluer nos réalisations et prendre conscience de nos pesanteurs en vue de nous fixer de nouveaux objectifs nous permettant d’approfondir la réponse à l’appel reçu d’être « des hommes et des femmes désireux de suivre le Christ de plus près » et d’être ses témoins dans un monde trouble où les antivaleurs ont tendance à supplanter les traits de la vraie vie proposée par le Seigneur.

 

Tombant en 2020, précisément le 8 mars, il n’a pas été possible d’exécuter le programme prévu pour cette célébration, la pandémie de Covid-19 s’étant déjà incrustée dans le fonctionnement social, lui imposant des restrictions drastiques. Nous avions mis un point d’honneur à ouvrir nos activités de manière à partager, avec nombre de mouvements ecclésiaux de notre archidiocèse, notre charisme, notre histoire de grâces, nos différentes activités et quelques témoignages de ceux de nos pionniers encore présents parmi nous. Hélas, cela s’est avéré compromis par les instructions officielles de limitation de la propagation du Coronavirus 19. Désorientés, nous avons renvoyé vers la fin de l’année l’organisation des manifestations envisagées.

 

Actuellement implantée dans six régions de la République Démocratique du Congo, la CVX a vu le jour à Lubumbashi, à l’initiative de feu Père Marcel Matungulu sj, alors curé de la paroisse-cathédrale de Lubumbashi. La vie trop facile dans un contexte de faste économique avait peu à peu donné lieu à l’émergence d’habitudes incompatibles avec les valeurs évangéliques. Le concubinage, appelé ici « bureaugamie » du fait de s’offrir le loisir d’un 2e bureau, entendez une deuxième femme, ou plus, s’est avéré la plus ravageuse de ces pratiques. Aux quatre jeunes couples de fonctionnaires venus le voir pour une préparation au mariage chrétien, il a eu la perspicacité de proposer l’expérience d’un engagement à mener une vie conjugale et familiale exemplaire, soutenue par un cheminement en groupe. Il s’agissait d’amener ces jeunes foyers chrétiens à réfléchir ensemble, maris et femmes, sur la possibilité de mener une vie familiale responsable mettant en valeur la fidélité conjugale et tendre ainsi à un certain avancement spirituel. Les partages mettaient en vedette le refus du mariage à l’essai relevant de quelques coutumes locales, le refus du «mariage académique» en vogue dans le milieu estudiantin et le témoignage de fidélité dans un environnement où la pratique contraire était plutôt la règle, etc.  Très vite, ce petit noyau a été rejoint par d’autres couples.

 

C’est dans une attitude pleine de reconnaissance et de gratitude envers notre Seigneur que nos regards se sont tournés particulièrement vers les pionniers, dont la persévérance dans la fidélité, quarante ans durant, à l’appel de notre Seigneur à le « suivre de plus près et travailler avec lui à l’édification du Royaume » en tant que CVX, a produit tant de fruits. Le cheminement en communauté de couples n’était pas chose évidente à l’époque. Un aîné témoigne que l’on se moquait d’eux, en martelant que leur aventure était vouée à l’échec, car pour le commun, il est inconcevable qu’un mari puisse rester fidèle à une seule femme. Il reconnaît que c’est le cheminement en communauté CVX  qui a permis de tenir fermement cet engagement d’une vie de couple fidèle, signe d’un attachement à Notre Seigneur Jésus-Christ. Leur exemple a donné à la CVX Lubumbashi des hommes et des femmes chrétiens de conviction et passionnés de la CVX, vécue sans équivoque comme une vocation. C’est là un axe majeur de la célébration des 40 ans de vie de notre communauté.

 

Nos pensées sont aussi allées vers les jeunes. C’est en 1984 que la communauté des jeunes a vu le jour. Le marasme social sur fond de crises sociopolitiques à répétition n’a pas manqué de marquer insidieusement la communauté. En effet, nous n’enregistrons qu’une seule communauté de jeunes à ce jour, alors que nombre de mouvements ecclésiaux et de protagonistes de nos engagements apostoliques sont des jeunes. En outre, depuis l’Assemblée mondiale de Beyrouth, la jeunesse a été définie comme l’une des frontières où nous étions attendus. Les récentes priorités apostoliques de la Compagnie de Jésus l’ont également retenue. Et la communauté mondiale, dans son projet 173, nous rappelle que « les jeunes sont une partie indispensable du corps apostolique de la CVX ». Ce temps d’arrêt pour relire notre parcours nous a fait saisir l’urgence de nous réveiller à cet appel réitéré dont l’incidence dans notre contexte ne sera que très importante. Un discernement a été déclenché pour trouver des moyens qui facilitent l’accueil des jeunes. Nous avons pensé entre autres aux enfants des familles CVX et aux jeunes couples préparés au mariage. Dans cette même perspective, nous notons une expérience très enrichissante vécue par 4 couples CVX qui organisent l’encadrement de leurs filleuls en groupes d’échanges et de partage à travers lesquels ils poursuivent la mission d’évangéliser les familles. Nous espérons ainsi pouvoir donner la place qui leur revient aux jeunes dans la communauté.

 

Si elle n’a pas connu la croissance en nombre comme on s’y serait attendu, notre communauté a grandi sous plusieurs autres aspects. Le témoignage persistant de la découverte de la vraie liberté notamment se doit à la spiritualité ignacienne au cœur du style vie CVX. C’est quasi un émerveillement que l’on note au début de chaque retraite quand le partage s’appesantit sur l’affirmation que « l’homme est créé pour louer, révérer et servir le Seigneur Notre Dieu » (P.F.). Comptant près de cent membres actuellement, notre communauté locale enregistre 40% de membres au-dessus de 56 ans, 45% entre 36 et 55 ans et 15% de moins de 35 ans. Il est évident que notre communauté est en train de vieillir et qu’il est temps de préparer la relève. Il était temps d’en prendre conscience et de prendre la ferme résolution d’y faire face en nous mettant en harmonie avec la communauté mondiale. Seuls 28 membres ont voulu exprimer formellement leur engagement dans la CVX, d’autres croient que le concret de leur vécu a bien plus de valeur que le formalisme d’un rite.

 

Faisant le point des engagements apostoliques, nous avons reconnu des actions vraiment suscitées par l’Esprit du Christ. Certaines ont fait leur temps. Telle a été « Action Pampelune » qui consistait à nous occuper des blessés de guerre hébergés à la Cité Bakhita en leur assurant l’aide en nourriture tant physique que spirituelle, les habits et autres nécessités en plus des soins médicaux par nos membres infirmiers et médecins. Cet apostolat n’a pas continué, le Centre ayant fermé ses portes. La visite aux prisonniers est assurée par quelques membres en collaboration avec certaines communautés religieuses. Cet apostolat implique l’assistance sociale, juridique, médicale et l’encadrement spirituel des prisonniers. La préparation au mariage religieux demeure l’apostolat-phare de la communauté de Lubumbashi. Sur le parcours, ce sont pas moins d’un millier de couples qui sont passés par les sessions CVX. C’est aussi l’activité par laquelle est le mieux scellé le service de la CVX à l’Eglise locale, du fait que le début de cette initiative a reçu non seulement l’assentiment mais mieux le mandat de l’Archevêque en personne. Un besoin se fait cependant sentir de revoir, et même de réorienter, cette activité dans le sens de la formation des formateurs recrutés parmi les personnes sorties de nos sessions. Le dernier né de nos engagements apostoliques de groupe est l’action « Filles à l’école ». Elle s’occupe du soutien financier et matériel, ainsi que de l’encadrement spirituel, des jeunes et des adolescentes de familles pauvres désignées comme brillantes et qui ont le désir de continuer leurs études. Sont pris en charge par une équipe CVX les frais scolaires, les uniformes et les fournitures scolaires. Aujourd’hui, les garçons de mêmes conditions y sont aussi intégrés. Initiative récente, elle compte cependant dans le lot, deux filles suivies depuis l’école primaire qui sont pour le moment à l’Université. Les engagements individuels sont plus diversifiés : la catéchèse des sacrements d’initiation chrétienne et de mariage, la Commission mass-média, services divers en paroisse, l’aide aux enfants de la rue, etc.

 

Comme affirmé précédemment, les conditions imposées par la pandémie ont bouleversé la programmation des activités envisagées au départ. C’est vers la fin de l’année qu’un plan souple de célébration a été exécutée :

 

  1. Une neuvaine de prière du 27 novembre au 05 décembre 2020 ;
  2. Le 06 décembre 2020, une eucharistie solennelle d’action de grâces suivie d’un partage festif dans le respect des mesures sanitaires. Cette journée a été vécue comme le moment fort de notre programme du jubilé.
  3. Une récollection sur « La CVX, une aventure de foi » a servi d’entrée dans le temps de l’Avent.

Outre les urgences pointées plus haut, nous tenons comme impératifs :

  • La formation des accompagnateurs laïcs (action à poursuivre et à intensifier) ;
  • Une amélioration de l’accueil et les soins aux nouveaux membres
  • La maîtrise de la conversation spirituelle et du discernement communautaire ;
  • Le programme MAGIS pratiqué ailleurs avec le concours des pères jésuites ;
  • L’amélioration de l’offre des retraites fermées et des exercices dans la vie courante ;
  • La nécessité d’améliorer les finances de la communauté.

Toutes ces urgences invitent à l’amélioration de la collaboration entre la CVX et la Compagnie de Jésus. Nous espérons ainsi pouvoir traduire en acte le dessein pour la CVX d’être un don pour l’Eglise et le monde.

Jean-Paul BIRURU et Jean Marie KABULO.

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