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Témoignage inspirant d’un compagnonnage international

Une belle histoire…

C’est l’histoire d’une petite fille à qui il arriva des aventures incroyables. Tout avait bien commencé. Son papa, un commerçant aux affaires prospères, tomba follement amoureux de sa maman, une jeune femme venue lui apporter de la marchandise. Le mariage se fit et Dieu le couronna de son plus beau cadeau, une petite fille, « Dieudonnée », Senami en langue fon; car cela se passait à Cotonou, au Bénin. De son père elle reçut l’intelligence et la sagesse, de sa mère la beauté.

Tant de prospérité ne pouvait passer inaperçue, ce qui provoqua la jalousie de la grande famille, car son père avait déjà deux autres femmes.

… qui ne tient pas ses promesses

Alors se déchaîne la tourmente : alors qu’elle n’a que 8 ans, sa mère meurt brutalement. Puis c’est le décès de son père… Sénami orpheline, est recueillie par les religieuses de Cotonou. S’ensuit une période de dépression profonde qui retarde le baccalauréat. Benjamine de la famille polygame, elle est la seule à poursuivre des études, ce qui n’est pas sans éveiller des jalousies. Pour se mettre à l’abri, elle s’engage dans l’armée en « service d’intérêt national » mais, au terme d’une année d’un entraînement éprouvant, choisit de renoncer à la carrière militaire. Grâce au soutien spirituel et matériel de l’aumônier, elle décide de faire des études: ce qui s’offre à Cotonou, en lien avec l’université de Nancy, l’IUT.

Major de promotion en première, puis deuxième année, elle est choisie pour passer à Nancy une licence professionnelle. Elle tente l’aventure !

 

Septembre 2011

La voici donc, pécule en poche, seule à l’aéroport d’Orly. Comment rejoindre la gare de l’Est, sans connaître Paris, le métro, prendre le train, sans accompagnement, atterrir à Nancy, ville inconnue où elle a réservé une chambre en résidence universitaire. Découverte d’un univers, du climat lorrain, d’un niveau de vie sans commune mesure avec celui de Cotonou, et, épreuve suprême, la solitude. De quoi s’effondrer.

Alors, la petite Bernadette, de son prénom français, va mettre en oeuvre le conseil du prêtre: « Dès que tu seras là-bas, rapproche-toi de la paroisse la plus proche » et, comme elle en a l’habitude depuis sa jeunesse, déposer sa vie devant le Seigneur dans son heure hebdomadaire d’Adoration.

 Une ouverture

C’est à la chorale paroissiale que je dirige que nous faisons connaissance. Elle qui, lors de grands rassemblements, a dirigé la chorale des enfants de sa paroisse, est heureuse de pouvoir à nouveau chanter sa foi… même si rythme et pose de voix sont différents!

La 3° année d’IUT se fait à Lunéville et non Nancy, cela impose des stages à l’extérieur, frais de logements, de train… Réveils glacés dans les gares lorraines… Où l’on découvre: l’imperturbable ponctualité de la SNCF… vis à vis des usagers, mais aussi des enseignants attentifs, disponibles et compétents…

Tout est à découvrir… et à assumer : pas de bourse d’études, ni du Bénin, ni de la France… Le petit pécule si durement constitué est rapidement épuisé et, malgré le soutien du prêtre, Bernadette est à bout de ses ressources.

 

Alors, elle fait l’expérience traumatisante du : « On se débrouille »! On décharge des caisses au marché, on va faire des tresses « afro » à domicile, on fait du petit commerce (coiffure, alimentation) auprès des familles africaines; on organise l’importation d’objets d’art béninois, sans succès… Parallèlement, à la demande de ses anciens professeurs, elle donne des formations par Skype aux étudiants de Cotonou, organisant même des examens/corrections à distance! Car oui, le succès universitaire est là, ainsi que, toujours, ce désir de « se former », « d’évoluer », entendez « progresser »; mais comment continuer des études en France? Maintenant il faut trancher: retour au pays ou… ?

 

Le pari

 

Notre relation se renforce à l’occasion des stages qui nécessitent une double location, chambre universitaire et chambre sur place; nous accueillons Bernadette dans notre grande maison, prenant en charge le financement de sa deuxième licence – « protection de l’environnement » – à Thionville puis en 2013, son inscription au CESI, centre de formation qui lui délivrera un master en sécurité, qualité, environnement. Diverses expériences professionnelles vont lui faire découvrir la réalité lorraine: une papeterie au fin fond des Vosges, Forbach, Belfort (Alstom) où, comme responsable de la sécurité, elle va devoir, femme, jeune, africaine, se mesurer à une équipe d’hommes qui ont l’âge de son père; faire face à la malveillance d’une collègue moins diplômée qui lui mène la vie dure par crainte de perdre son poste ! Bernadette met en pratique son « diplôme de débrouille » et termine sa mission avec succès, déjà regrettée par ceux qu’elle quitte.

Mais non, finalement, elle ne se voit pas dans ce traintrain usine-maison… Après avoir fondé une association « La joie » au profit des enfants et des femmes pauvres à Cotonou, elle crée une auto-entreprise d’exportation vers le Bénin; elle constitue à travers la Lorraine un véritable réseau de commanditaires, institutionnels (hôpital, lieux d’études, usines…) et privés (déménagements vers le Bénin) ; elle expédie du matériel de chirurgie cardiaque, des ordinateurs déclassés pour les étudiants de Cotonou, du nécessaire pour le quotidien (vaisselle, tissus, vêtements, jouets, friandises…). Le réseau s’étend; c’est un, puis deux conteneurs par an qui transitent par bateau (6 semaines), réceptionnés à Cotonou par son frère, formé… par téléphone!

 

La voilà qui sillonne la Lorraine avec une voiture prêtée, après quelques heures d’auto-école pour valider son permis béninois; mais par temps de pluie, elle freine trop tardivement et percute la voiture qui la précède… Réparations importantes, changement de voiture aux frais du propriétaire… Nouvelle expérience traumatisante…

 

Rattrapée par la vie

Et voilà que, de façon totalement inattendue, elle est sollicitée pour un entretien par l’ambassade du Bénin à Paris! De quoi s’agit-il ? De l’organisation des journées de la francophonie. Rien de moins! Rien à voir avec ce qu’elle a fait jusque-là. Qu’à cela ne tienne; une nouvelle voie à explorer ? Voici Bernadette dans la vie parisienne avec son stress, ses difficultés de logement, de transport et aussi… des rencontres nouvelles…

Cet emploi n’aura été qu’une parenthèse professionnelle1, mais c’est là que Bernadette fait la rencontre de celui qu’elle va épouser quelque temps plus tard, en tout petit comité, dès que la mairie acceptera de re-fonctionner après le premier confinement… Pour la fête au pays et le mariage religieux2, on attendra des temps meilleurs…

Voici donc aujourd’hui M., camerounais, et Bernadette, jeunes parents d’une petite Monica de 5 mois… logés, bien à l’étroit, dans un F2 – financièrement accessible – à 70 km de Paris 3.

 

Tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes sans… le Covid qui bloque le travail de M. dans le bâtiment, (sans indemnités de chômage) et le vol de sac à main (argent et papiers) qui oblige à refaire tous les papiers – démarches et frais : « parcours du combattant »…

Une aventure extraordinaire, actuellement « pas simple »!

Que réserve l’avenir ? « Bernadette va y arriver », comme dit son dernier SMS!

Au prix de quelle énergie, quelles difficultés, quels renoncements, quelles mains tendues ?…

 


1Le Bénin ne donnera pas suite par manque de moyens…

2Un mariage rassemble facilement plusieurs centaines de personnes qui… attendent ces festivités pour la joie et… le « festin des noces »!

3Une demande de HLM est en cours, avec quelles chances? « Nous ne sommes pas prioritaires »…

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