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Journal de confinement

 

 Henri

Quelques jours avant l’annonce du confinement, j’avais eu des échos sur la situation sanitaire dans l’Est et à Paris et j’avais compris que la situation était sérieuse. Pour autant, je suis passé par une période de « choc » ou de « sidération » qui a duré une petite semaine. Mieux comprendre ce qui se passe, s’informer de la situation de mes proches. Et puis vient le temps où il faut s’organiser, trouver un nouveau rythme mais surtout, pour moi, accepter la totale dépendance à notre environnement, à des décisions nationales.Après cette acceptation, j’ai effectivement beaucoup apprécié d’avoir du temps, des échanges de grande qualité. J’avoue avoir été vite à saturation des « zooms » des « skipe », des propositions de temps de prière par téléphone. Je me suis recentré sur l’écoute, de temps en temps, des Laudes à l’abbaye de Hautecombe, et la lecture de quelques textes sur l’écologie. J’ai apprécié les temps de réunion par téléphone avec mon équipe CVX.

Dire que j’ai aimé cette période serait beaucoup trop fort ! je n’aimais pas sortir de chez moi sauf pour courir une fois tous les deux jours. Avec bonheur, j’ai pu découvrir l’espace naturel qu’est l’enceinte de l’université de Beaulieu et j’ai repéré dans ma zone d’un kilomètre tous les parkings que l’on pourrait supprimer pour faire des jardins partagés !

Mais j’ai aussi confiance parce que l’on a tous vécu quelque chose d’important en même temps (même si les conditions ont été très différentes selon les situations de chacun) ce qui peut nous aider pour construire la suite.

Reine

D’abord le sentiment d’être tous vulnérables, générant des peurs mais entrainant aussi un retour à l’essentiel, donnant du prix à l’instant présent.L’annulation brutale des préoccupations habituelles remplacées par d’autres priorités plus urgentes, plus universelles.J’ai apprécié la lettre humoristique attribuée à Ignace «  en temps de coronavirus », trouvée sur le site CVX national.Pendant cette « traversée du désert », où l’explosion des bourgeons printaniers était promesse de retour à la vie… l’arrêt « obligé » des activités routinières a été diversement vécu par nos compagnons de CL, selon leur habitude de se ressourcer dans la contemplation ou dans l’action.

Une parole d’un accompagnateur m’est revenue: « il est urgent de contempler ». Injonction paradoxale en temps normal. Nous n’avions pas choisi de nous « arrêter » , et pourtant nous souhaitons maintenant que des fruits naissent de ce temps de confinement, des germes de vie dans le sillage de « Laudato Si », une attention aux  plus fragiles…Ignace nous appelle à devenir contemplatifs dans l’action…contempl’actifs.

En tant que médecin , la période de confinement n’a pas été une période d’arrêt, mais au contraire un retour au coeur de notre métier de soignant, dans une équipe où chacun était « à son poste », avec la volonté de faire « son possible » , sans désespérer des multiples circulaires reçues dans la période où même les masques manquaient pour les soignants. Le « prendre soin » ne se limite pas aux gestes techniques, aux gestes de réanimation.

Si nous étions tous appelés à « sauver des vies », me revenait régulièrement en tête  la vocation d’Ignace «  sauver les âmes ». Il ne serait pas juste, sous prétexte de sauver des vies, d’isoler des personnes âgées, de présenter à nos ados un monde sans espérance, où les plus favorisés vivraient dans une bulle protectrice. Comme pédiatre de maternité, j’ai conscience aussi que réanimer à tout prix un nouveau-né pose des questions éthiques, quand cela est parfois au prix de séquelles sévères. Le COVID nous a confronté à nos limites de soignants, à l’humilité devant une maladie pour laquelle il n’y a pas encore de traitement préventif ( vaccin) ou curatif.J’ai aimé la discipline des personnes respectant les gestes barrière, dans la mesure où cela était vécu comme des pratiques protégeant les autres. Pour une fois la prévention était reconnue plus efficace.La restriction des libertés a été acceptée très ( trop?) docilement, limitant la possibilité, pour les malades, d’être entourés de leurs tout proches ou d’un soutien spirituel ou psychologique…

Nous avons maintenant à retrouver la « liberté des enfants de Dieu », à lâcher nos peurs, à faire coexister « ce que nous pouvons faire », « ce qui nous est imposé », et tout confier à Dieu qui nous rend vraiment libres et qui nous permettra de choisir les chemins menant vers plus de vie.

Marie-Paul et Bertrand

Nous accueillons régulièrement à la maison des exilés avec l’association « Bienvenue » de Rennes.En mars nous avons vécu le confinement avec Elhadj ,  jeune guinéen de 26 ans. Ce n’était pas la vie habituelle des personnes accueillies!Le plus important a été de lui faire une place dans notre foyer, être attentif à ce qu’il ne reste pas dans sa chambre  donc trouver des choses qui l’intéressaient; des cours de français sur internet, marcher ensemble en parlant français, partager nos repas, trouver une soirée TV et puis partager les actualités de son pays avec l’épidémie et les élections qui ont provoqué beaucoup de violence .

Ce fut une ouverture pendant cette période de repli. Ouverture à la différence culturelle, à la tolérance, s’adapter  surtout quand est arrivé le Ramadan! Et nous avons beaucoup reçu, la gentillesse d’Elhaj, son sourire, son attention à  partager le si peu qu’il avait, à faire la vaisselle dès qu’il pouvait, et la chance de partager cette tranche de vie avec lui.

 

Marie-Louise

De la sidération du début du confinement au soulagement du déconfinement avec sagesse,je suis passée du calme plat à la tempête pour naviguer aujourd’hui avec une jolie petite brise…..Les écrans ont d’abord occupé mon temps pour avoir des nouvelles par les journaux  et des nouvelles des parents et amis .

J’ai détesté la messe à la télé, à ce moment-là, ma communauté paroissiale me manquait.Puis ,avec l’aide du Seigneur , les échanges avec mon amie Xavière, je me suis coulée dans ce qui m’était proposé et j’ai aimé les différents temps de prière proposés par le net, la paroisse, la CL. J’ai pu retourner à Rennes prendre ma bible et des papiers indispensables à la vie familiale.

Je suis bien décidée à continuer mon chemin avec la CVX car comme le paralytique porté par quatre hommes pour retrouver Jésus, je n’ai de vie spirituelle qu’accompagnée. J’ai également besoin de l’étude de la Parole. En ces temps difficiles où le virus rôde ,la pauvreté grandit , mes frères en humanité me sont indispensables pour apprécier ,une sortie , un repas, un film ou pour aider dans la mesure de mes moyens.

Hélène CL 16

Comment je vois cette période de confinement ?

Tout d’abord elle ne bouleverse pas complètement ma vie, mais elle lui enlève sa partie le plus satisfaisante et enrichissante : tout ce qui est contacts physiques avec les autres, l’accompagnement de réfugiés, la rencontre avec les amis, les activités culturelles et sportives.

Je dirais que les journées se suivent et se ressemblent toutes, plus ternes, rythmées seulement par la messe et les offices de la semaine à la télé.  J’essaie de sortir le moins possible, juste pour les courses vraiment nécessaires, mais elles sont un peu anxiogènes car dans les magasins la distance de 1 mètre est mal respectée.

J’espérais avoir du temps libre pour faire des tris, des sélections dans les photos, les mails, les dossiers, lire des livres qui attendent ! Naïveté.
Les journées passent trop vite. Prendre des nouvelles des uns et des autres, la marche de ½ h sur le balcon, sans oublier la lecture du journal papier que nous continuons à recevoir, qui me bouffe un temps fou l’après midi.
J’avais aussi décidé de suivre la retraite de « Croire.com » qui proposait en supplément la découverte et les témoignages de personnalités marquantes comme Sœur Emmanuelle , le Père Ceyrac, etc … Avec des vidéos qui pouvaient être très longues. J’ai été impressionnée par un interview de Sœur Emmanuelle sur sa façon de prier et par le comportement de ces témoins du Christ empreints d’une bienveillance, d’un amour inconditionnel pour tout être humain qqu’il soit et pour leur charité agissante et efficace.
Après Pâques, j’ai eu plus de temps libre et ai commencé la lecture des Misérables, un vieux désir.

Les sentiments qui m’habitent ? Il y a un fond d’oppression et d’inquiétude à cause du drame que cette pandémie représente pour des milliards d’être humains et à cause de l’incertitude quant à l’avenir. Je fais partie des privilégiés, mais je n’ai pas franchement envie d’attraper la maladie, de devenir une charge pour les autres et je compatis très fort au stress  et à la colère des soignants.

Réflexions, vie intérieure ? Pour moi les 2 sont liées en ce moment.
J’ai passé bcp de temps sur croire.com et depuis peu, en plus, je regarde la méditation sur un texte du jour de « Prier en chemin ». Mais de là à parler d’une vie intérieure plus intense ??? Bof, bof.
Certains jours même je n’arrivais pas à prier, le poids de la pandémie était trop lourd et mon esprit  dispersé.
Par contre,  j’espère par dessus tout que ce cataclysme permettra à notre société de se réorienter vers un autre mode de développement avec moins d’inégalités et la priorité donnée au bien commun et au respect de la nature.  Et cela nourrit ma prière et mes supplications vers le Seigneur.

C’est la parole du Christ qui me permet de garder espoir. L’avenir est entre nos mains, mais nous avons besoin de son aide et d’apporter notre contribution, comme Aaron et Nour qui soutenaient les mains de Moïse.

Fraternellement.

 

 

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