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A la découverte de l’Anastasis

A la découverte de l’Anastasis  par Etienne TABURET

L’œuvre est quelque chose en devenir.

Quelque chose qui n’est pas clos en soi.

Elle ne peut être réduite à un objet.

Elle ne peut être réduite à ce que l’on pro-jette.

L’œuvre d’art n’est pas l’illustration d’une idée, d’un concept à matérialiser.

L’œuvre ouvre quelque chose notamment par les sensations: les formes, les couleurs, les matières, les lumières… Cette ouverture n’enferme pas dans la fascination d’un objet mais par notre regard critique à l’œuvre ouvre les matières, les formes, les couleurs, les lumières à quelque  chose…

 

Alvaro Siza ne cherche pas ici à illustrer, à objectiver ce que doit être une église au 21e siècle. C’est en se tenant là, dans cette architecture et par les sensations qu’elle dégage que l’artiste nous invite à interroger les formes par notre regard-esprit critique.

Il nous invite à nous mettre à l’œuvre, à faire cet effort de nous interroger sur la forme que doit avoir une communauté qui se réunit pour célébrer quelque chose entre l’infini et le fini; entre le monde et un au-delà du monde. Être chrétien, c’est être à l’œuvre quand on entre dans l’Église, que notre baptême soit ici le choix d’un temps de regard.

 

L’enjeu, nos défis, notre mission, peut-être, n’est pas un problème de goût, encore moins de bon goût.

Le bon goût de ce que devrait être une église priante pour une communauté que l’on présupposerait fonctionner de telle ou telle manière… Ce  serait particulièrement inhospitalier !

 

Être chrétien, c’est aussi particulièrement ici interroger la dédicace de cette église, le mystère de la résurrection.

 

Comment notre regard-esprit est-il ici invité à se mettre à l’œuvre sur ce mystère ?

L’architecte nous propose déjà depuis l’extérieur un parcours, un cheminement avec des points de vue.

L’œuvre d’art est nécessairement contextuelle. Ce n’est pas un idéal qui existe en soi. C’est une réalité finie en devenir par nos usages et notre fréquentation.

Ici, l’église n’est ni une forteresse protectrice, ni le triomphe d’une institution qui se célèbrerait elle-même !

Cette architecture est brut de décoffrage. Sa structure en béton blanc est visible et est inscrite dans les gabarits des autres volumes architecturaux qui l’entourent. Sa visibilité est tranchante. On voit bien que ce ne sont pas des logements. Ce bâtiment et son campanile par ses formes interpellent, surgissent au regard du conducteur venant de Redon, de l’habitant du quartier sortant de la poste et entrant dans le supermarché, du déambulateur dans ce quartier s’y promenant. Ce surgissement relève non pas d’un spectacle ou d’un artifice de communication. Mais d’une hospitalité.

Hospitalité du Campanile visible de loin et non autoritaire.

Hospitalité d’une forme, orientée sur l’axe est-ouest, désaxée de la forme de l’îlot.

Hospitalité du dessin sur le seuil d’entrée, sur une vitre entre intérieur et extérieur, le tombeau est vide même pour ceux qui restent sur le seuil.

Hospitalité d’une forme qui se relève de sa pesanteur (les deux tours et l’abside sont en porte-à-faux).

 

Il y a dans cette architecture peu de signes. Peut-être que dans une société où les signes débordent, cette frugalité peut nous ouvrir à quelque chose…

 

Nous ouvrir aux variations de la lumière indirecte sur ces surfaces, écrans blancs circulaires, non perturbés par le théâtre de la vie du monde visible par des fenêtres spectacles ;

 

Nous ouvrir à l’attention d’une communauté inscrite au cœur et au centre d’une église circulaire dans une forme rectangulaire.

 

Nous ouvrir à l’attention d’être là présent dès le haut de l’escalier face à une très large croix où le centre n’est qu’un point.

Ici le désaxement supposé de l’assemblée, au moins vu de l’extérieur, est une attention au surgissement des formes apparaissant à notre regard. Nous entrons par le centre et non pas pas par un bas côté. L’architecte choisit pour nous tous la meilleure part !

 

La géométrie (point, carré, cercle) et la lumière nous ouvrent de larges perspectives, comme cette croix.

La joie, Laetitia, vient de lathus, large, en latin… réjouis-toi, peut-être que ces largeurs nous montrent quelque chose des cieux:

Espace large et sans point de repère, au-delà de la mesure.

 

Perspective d’une finitude et d’une infinitude. D’une lumière invisible à voir. … Quelque chose des cieux?

 

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