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Retour sur l’Université d’été de Montpellier

Je suis rentré de l’Université d’été de Montpellier, qui a eu lieu du vendredi 12 au dimanche 14 juillet 2019, le cœur comblé de joie et de reconnaissance pour tous les bienfaits reçus pendant ces trois jours. Elle a rassemblé 75 participants, membres ou non de CVX, ainsi que trente-cinq migrants invités le samedi après-midi.

Le vendredi, après une prière d’introduction et un premier regroupement en communauté d’UE, où nous avons fait connaissance et exprimé nos attentes, nous avons écouté en plénière deux intervenants nous présenter des faits et des chiffres sur les migrations en France : Pierre, de la CIMADE de Montpellier et Véronique Fayet, présidente du Secours Catholique. Il est important en effet de « poser » le sujet pour contrer toutes les idées fausses qui circulent sur les migrations, et qui sont exploitées par les partis populistes de France et d’Europe. Un chiffre m’a frappé : 85% des migrations touchent les seuls « pays du Sud » ; le Liban accueille entre 2 et 3 millions de réfugiés syriens pour une population de 6 millions, la Jordanie et la Turquie en accueille plusieurs millions. En France, 255 000 cartes de premier séjour ont été délivrées en 2018 dont 90 000 au titre du regroupement familial et 80 000 aux étudiants désirant rejoindre les universités françaises. La migration à titre humanitaire représente 35 000 entrées et celle au titre du travail ne compte que pour 10% des permis de séjour. Enfin, le nombre de personnes demandant asile à la France, rapporté à la population française, classe la France seulement dans la 2è moitié des pays de l’Union Européenne ; le taux d’obtention du statut de réfugié représentait en 2017 29% des demandes contre 39% pour l’Union Européenne.

Chaque journée était ponctuée par la lecture d’un texte d’Écriture avec une méditation appropriée : apparition de Mambré à Abraham le vendredi (Gn 18) ; rencontre de Jésus avec la Samaritaine le samedi (Jn 6) ; le jugement dernier le dimanche (Mt 25).

Le samedi et le dimanche, la matinée commençait par une relecture de ce que nous avions vécu ensemble la veille, préparée par Bruno Marchand, jésuite de Montpellier. Ce petit « billet » plein d’humour nous permettait de rendre grâce pour ce que nous avions vu, entendu, reçu. Le samedi, après la prière du matin et la réunion de la communauté d’Université, nous nous sommes répartis en « ateliers » pour rencontrer des représentants d’associations locales engagées auprès des migrants. J’ai été saisi par le témoignage d’une association de Montpellier, créée suite à l’appel du pape François en 2016 aux paroisses et communautés religieuses à accueillir chacune une famille de migrants : des chrétiens d’une paroisse se sont mobilisés pour offrir un toit à des familles légalement installées en France. L’association qu’ils ont constituée recherche un logement à louer et se porte caution. En trois  ans ils ont ainsi relogé neuf familles de réfugiés. Le représentant pour l’Hérault de la Société Saint-Vincent de Paul nous a également présenté l’ensemble des moyens qu’ils mettent à la disposition des migrants.

L’après-midi et la soirée, l’UE s’est élargie aux migrants eux-mêmes. Une présentation très sympathique des pays représentés par les migrants et des régions de France de provenance des participants nous a permis de faire le tour du monde et de France en restant assis sur nos chaises. La journée s’est poursuivie avec des jeux, un apéritif et dîner pris en commun et la célébration de la fête nationale aux couleurs de tous les pays représentés, qui nous ont appris des danses de leur pays d’origine. A noter la danse folklorique interprétée par un garçon et une fille d’Ouzbékistan en tenue traditionnelle : leur visage était empreint à la fois de grâce et de concentration pour synchroniser impeccablement leurs mouvements.

De mon côté j’ai beaucoup échangé avec une famille syrienne réfugiée d’Alep, qu’ils ont décidé de fuir du jour au lendemain quand l’immeuble voisin du leur a été touché par des bombes. Le père et la mère, qui ne parlaient pas un mot de français en quittant la Syrie, le parlent maintenant très bien ; lui travaille comme expert-comptable, elle termine un diplôme et recherche du travail et leurs deux enfants de 12 et 10 ans respirent la joie de vivre. Quel beau parcours après avoir tout abandonné dans leur pays ravagé par la guerre…

Le dimanche, après la relecture et la prière du matin, dernière rencontre des communautés d’Université. Chaque communauté a été appelée à dire en quelques mots, en plénière, ce que chacun retenait de ces journées. La synthèse de ces groupes ci-dessous. Brigitte Jeanjean, responsable de notre Equipe Service de la Communauté Nationale, a expliqué pourquoi CVX a décidé de lancer ces Universités d’été sur ce thème polémique, en les reliant aux appels entendus lors de l’Assemblée Mondiale de Buenos Aires de juillet 2018, ainsi qu’à l’Assemblée de la Communauté de CVX France de mai 2019. Après le déjeuner, l’Université d’été a été clôturée par la messe célébrée dans une église voisine par Mgr Pierre-Marie Carré, archevêque de Montpellier.    

Une communauté d’Université

Un immense merci à tous ceux qui ont contribué au succès de cette Université d’été, à commencer par Simone Maffre-Baugé, la responsable, entourée d’une belle équipe. Organisation parfaite, locaux très adaptés avec de grands espaces propices à la rencontre, atmosphère à la fois sérieuse et conviviale, qualité des chants bien animés et soutenus par quelques instruments… Je suis reparti de Montpellier avec la conviction renforcée que la rencontre permet de faire tomber les peurs et les appréhensions et le très fort désir de m’engager en septembre auprès des migrants. 

Emmanuel, coordinateur des Universités d’été

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Remontée en plénière des communautés de l’UE de Montpellier

Nous sommes venus à la proposition de cette université d’été par CVX dont nous sommes membres, et c’est cela qui nous permet en fin de week-end de nous sentir envoyés.
Entre les deux, invités à mieux connaître et à rencontrer, nous avons été transformés et modelés, dans la lucidité et l’action, dans l’audace et l’humilité.
« Seule la rencontre change les cœurs » et une dynamique du lien nous entraîne, comme une spirale ascendante.

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Connaître la réalité des migrations dans notre société par différents moyens (entendre, s’informer, échanger avec les acteurs de terrain et les migrants…)
Cela nous invite à écouter, accepter la différence, rencontrer dans la vérité les besoins de chacun, ses fragilités, élargir notre regard.

Intelligence collective où chacun trouve sa place, avec un besoin de réseau pour que les talents se complètent.

Puis oser témoigner que le « vivre ensemble » est possible.

Simplicité pour poser nos peurs afin de s’en délivrer, et simplicité de la rencontre.

Rencontre par les besoins humains : manger, boire, avoir un toit, mais aussi rencontre dans le partage de la culture par les chants, les danses, l’art. Nous n’avons pas « cogité » sur la rencontre, mais vécu vraiment la rencontre, comme une rencontre amoureuse.

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Chemin d’humilité et d’hospitalité. Prise de conscience de nos limites, de nos fragilités, de nos peurs 🡺 chacun à sa mesure, agir ensemble. « D’une écoute virginale » (Maurice Bellet) à un engagement actif. 

Attention à l’hyper-activité qui nous fait passer à côté de la rencontre. En faire – Enfer – L’enfer me ment.

Reconnaître l’autre comme un être fragile, unique, relié : « je t’ai gravé sur la paume de mes mains » (Isaïe 49). Attention à ne pas stigmatiser. Être dans une réponse partagée, une humanité partagée.

Les politiques agissent en nous emboîtant le pas, à nous de montrer le chemin.

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Dans la rencontre gratuite, simple, on se rend compte de nos trajectoires de vie.

L’université d’été a permis d’avancer dans un discernement des appels reçus, de changer sur soi et sur les autres, d’éveiller la curiosité sur les réalités des migrations.

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Les témoignages des acteurs du terrain ont souligné l’importance du travail collectif, l’importance du cadre, le questionnement sur les limites de l’engagement ; ils ont montré les fruits recueillis.

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Simplicité, humilité, amour, fraternité, réalisme et lucidité.

Faire ensemble, ne pas être seul, dimension collective.

Nous avons plus à apprendre qu’à donner. C’est moi qui vais grandir.

La demande du prochain prime : qu’est-ce que je peux apporter ? Qu’est-ce que l’autre attend de moi ?

Ecouter, être dans l’action tout en acceptant notre impuissance.

Oser, risquer, dépasser ma peur, partager.

Nous sommes des privilégiés, mettons-nous en route, soyons au service des plus démunis, bougeons-nous.

Une extraordinaire aventure humaine.

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Peurs évoquées, mais envie de s’engager et de répondre à l’appel du pape. Attraction pour l’étranger, pour les autres cultures.

Se mettre en mouvement pour agir, aider, rencontrer.

Créer des liens avec les migrants, s’ouvrir à la diversité sans préjugés. Vaincre ses peurs. Sortir de notre zone de confort, de nos bulles du quotidien.

Une personne à la fois.

Faire confiance au Seigneur.

De nombreuses grâces reçues au fil des rencontres.

Nous sommes tous appelés à témoigner de la rencontre avec les migrants qui sont des personnes comme nous, qui décident de quitter leur pays, qui ont une histoire, de la joie, des talents, une grande force intérieure et beaucoup de courage. 

Prendre conscience de nos limites pour être plus ajustés dans nos réponses au quotidien.

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La libre circulation des personnes est un droit de l’homme, comment valoriser les personnes plus que les biens ?

Changer de regard personnellement pour agir avec d’autres.

S’accueillir mutuellement comme des personnes permet une vraie réciprocité. Chacun reçoit de l’autre.  

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Trois grands mouvements ou passages caractérisent nos échanges :

1-Nous sommes émerveillés par la foi, la force de vie, l’espoir qui habitent les témoins que nous avons rencontrés dans les différentes activités proposées : jeux, échanges, soirée festive… Malgré les souffrances, les difficultés de tout ordres, leurs parcours douloureux, la vie est vraiment et pleinement en eux. Cet émerveillement génère en nous une conversion du cœur et un changement de regard : nous pensions que nous devions donner et c’est nous qui avons beaucoup reçu.

2- une conviction: le migrant est pour nous l’homme ou la femme de la rencontre avec Dieu; il est l’étranger  que je dois accueillir humblement et simplement comme je suis et avec ce que je suis , de protéger avec les moyens qui me sont donnés, peut-être à la manière d’Abraham accueillant les 3 personnes, avec empressement et respect.

3- Nous repartons éclairés et mieux informés ; des peurs ont été dépassées; nos mouvements intérieurs nous portent vers la joie, l’enthousiasme, et ont fait naître ou grandir  le désir de nous mettre en route ou de poursuivre collectivement et de manière structurée (pour davantage d’efficacité et pour le faire ensemble) nos engagements au service des migrants.

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