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Le 25 mars, la fête de notre communauté vie chrétienne

Chers Compagnons de la Communauté Vie Chrétienne,

Chaque année, nous célébrons lors de la fête de l’annonciation, le 25 mars, la fête de notre communauté vie chrétienne, qui rejoint, par là, ses origines avec le rappel des communautés mariales à l’origine de la CVX.
L’année liturgique nous amène à célébrer ce 25 mars 2016 la Passion de notre Seigneur Jésus Christ. La fête de l’annonciation est donc reportée (4 avril).

Mais cela ne nous empêche pas de vivre en communauté, de célébrer autrement notre communauté Bourgogne Franche-Comté, au contraire même, c’est une occasion de vivre encore plus intensément notre relation de frères et de compagnons.

Notre monde vit une situation de troubles, de douleurs et de souffrances.
Sur son chemin de croix le Christ a rencontré des témoins pour l’à venir, des hommes de paix. Et nous, qui serons nous?

Serons nous Simon de Syrène?
Serons nous Véronique?
Serons nous Joseph d’Arimatie?
Serons nous le centurion perçant le côté du Christ?
Serons nous Pierre?
Serons nous Marie au pied de la Croix?
Serons nous le Bon larron?

Christian de Chergé, moine de Tibhirine, enlevé dans la nuit du 25 au 26 mars 1996 en Algérie, est un témoin de l’amour et de la confiance en Dieu. Il a écrit son testament spirituel, il m’apparaît d’une extrême actualité c’est pourquoi je souhaite vous le partager:

Quand un A-DIEU s’envisage…
S’il m’arrivait un jour – et ça pourrait être aujourd’hui – d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille, se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays. Qu’ils acceptent que le Maître Unique de toute vie ne saurait être étranger à ce départ brutal. Qu’ils prient pour moi : comment serais-je trouvé digne d’une telle offrande ? Qu’ils sachent associer cette mort à tant d’autres aussi violentes, laissées dans l’indifférence de l’anonymat.

Ma vie n’a pas plus de prix qu’une autre. Elle n’en a pas moins non plus. En tout cas, elle n’a pas l’innocence de l’enfance. J’ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde et même de celui-là qui me frapperait aveuglément. J’aimerais, le moment venu avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cœur à qui m’aurait atteint. Je ne saurais souhaiter une telle mort. Il me paraît important de le professer. Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir que ce peuple que j’aime soit indistinctement accusé de mon meurtre. C’est trop cher payer ce qu’on appellera, peut-être, la « grâce du martyre » que de la devoir à un Algérien, quel qu’il soit, surtout s’il dit agir en fidélité à ce qu’il croit être l’Islam.
Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement. Je sais aussi les caricatures de l’Islam qu’encourage un certain islamisme. Il est trop facile de se donner bonne conscience en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes. L’Algérie et l’Islam, pour moi, c’est autre chose, c’est un corps et une âme. Je l’ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j’en ai reçu, y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l’Évangile appris aux genoux de ma mère, ma toute première Église. Précisément en Algérie, et, déjà, dans le respect des croyants musulmans. Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison à ceux qui m’ont rapidement traité de naïf, ou d’idéaliste : « Qu’il dise maintenant ce qu’il en pense ! » Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité. Voici que je pourrai, s’il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec Lui ses enfants de l’Islam tels qu’Il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de Sa Passion investis par le Don de l’Esprit dont la joie secrète sera toujours d’établir la communion et de rétablir la ressemblance en jouant avec les différences.

Cette vie perdue totalement mienne et totalement leur, je rends grâce à Dieu qui semble l’avoir voulue tout entière pour cette JOIE-là, envers et malgré tout. Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie, je vous inclus bien sûr, amis d’hier et d’aujourd’hui, et vous, ô mes amis d’ici, aux côtés de ma mère et de mon père, de mes sœurs et de mes frères et des leurs, centuple accordé comme il était promis ! Et toi aussi, l’ami de la dernière minute, qui n’aura pas su ce que tu faisais. Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet « À-DIEU » envisagé de toi. Et qu’il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s’il plaît à Dieu, notre Père à tous deux.

AMEN ! Inch’Allah !  »
Alger, 1er décembre 1993
Tibhirine, 1er janvier 1994
Christian
Marie a été le premier témoin du don d’Amour du Seigneur pour l’humanité. Elle est aussi, comme Ignace nous le rappelle dans les Exercices, le premier témoin de la Résurrection du Christ.

Alors confiants et pleins d’espérance, cheminons avec Marie vers la Pâques, vers la joie de la Résurrection.

Et c’est dans cette joie que nous nous retrouverons pour vivre un temps de communauté le week-end du 2 et 3 avril à Montferrand le Château.

Fraternellement,
Maryse, François, Hugues et Marie-Ange
Equipe Service de la Communauté Régionale Bourgogne et Franche-Comté