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L’accueil de l’homosexualité au cœur de notre famille

Je pense que la question de l’homosexualité qui a fait irruption dans notre famille est pour nous un lieu où nous expérimentons un appel du Christ.

Cette parole de Levinas le résume bien : « l’homme ne va pas vers l’infini, vers l’Autre, de manière rectiligne. Un détour lui est demandé… « Il se trouve assigné à la responsabilité pour le prochain ».

Ce détour, c’est notre fils qui nous en a fait faire l’expérience. A son retour de six mois à l’étranger en Erasmus, il nous a semblé triste, renfermé et un peu agressif… il mettait de la distance avec la famille.

Il est venu nous voir un week-end, ce matin-là je finissais tout juste mon temps de prière..

Il m’a demandé si j’étais disponible. Il m’a alors annoncé qu’il était amoureux… d’un garçon !

Nous qui l’avions toujours vu avec des copines… je suis restée sans voix, sans bouger.. Figée,  dans la sidération ! Le ciel me tombait sur la tête ! Je ne sais combien de temps cela a duré !

Sentant mon inquiétude il m’explique que son ami a le même âge que lui, même éducation catholique, sa mère est oblate bénédictine, il m’a annoncé leur désir de se pacser, de s’engager.

Je n’arrivais pas à penser. Intérieurement une scène de film faisait irruption : « Philadelphia » un jeune homo mourant du sida à l’hôpital, j’avais été tellement bouleversé par l’amour de cette famille si proche, si tendre, un amour gratuit, inconditionnel ! Vous ne choisissez pas les images qui s’imposent à vous !

Ce petit pré carré, bien bordé par la prière, la communauté, une vie de foi, des choix éthiques, la loi et un idéal.. Une « image de la famille idéale », tout cela  est devenu un espace ouvert aux quatre vents.  La tempête même ! Je n’ai pas entendu « élargi les piquets de ta tente, ça s’est fait tout seul : je l’ai serré dans mes bras, et je lui ai dit : « tu es mon fils et je t’aime ».

Ce n’était pas facile, l’amour était le plus fort, mais les peurs, l’inquiétude, la tristesse étaient là aussi.

C’est pourquoi je l’ai invité malgré tout à rester à l’écoute de ce qui l’habitait pour sentir si dans la durée cette orientation était toujours juste pour lui.  Sur le moment j’avais tellement de mal à comprendre ! La question ne se pose plus aujourd’hui.

Mon mari dit avoir été préparé en communauté ayant eu à accompagner des personnes homosexuelles. Il a été fidèle à lui-même : accueillant, respectueux et très à l’écoute.

Le jour du Pacs, notre fille aînée a dit à son frère : «  lorsque tu m’as annoncé la nouvelle, je n’ai pas compris tout de suite pourquoi j’étais triste… en fait, j’étais triste parce que tu es resté tout ce temps, seul, sans pouvoir nous dire ce qui t’habitait » : cela m’a touché, c’est leur amour, leur tendresse qui étaient premiers. Il a pu compter sur le soutien de toute notre famille.

La société est dure, violente avec la « différence », et lorsque l’on parle de l’orientation sexuelle d’une personne, d’emblée sa sexualité est là, au-devant de la scène, dévoilée aux yeux de tous, elle est, de ce fait, comme « mise à nu » et peut être même tournée en dérision. On touche tout de suite à l’intime, la vulnérabilité. Je vous invite à cette délicatesse lorsque vous abordez la question entre amis, en société. C’est cela aussi devenir conscient d’une responsabilité envers le prochain.

Nous avons pu  confier ce que nous vivions à notre communauté locale et nous nous sommes sentis accueillis. Mais surtout il y a eu ce week-end de partage à st Hugues. J’ai mieux compris ce qui fondait la cohérence interne de la parole de l’Eglise. Mais surtout je sais qu’elle prend en compte l’inexpliqué  de l’homme, son mystère. Elle dit que l’homosexualité n’est pas un choix, qu’elle constitue pour la plupart des personnes une souffrance. Je sais surtout qu’elle proclame la dignité des personnes.

Nous ne sommes pas que notre sexualité, il y a au plus profond de nous, ce souffle du « tout Autre » qui nous traverse, nous anime, le Christ nous habite tous et son Amour nous précède.

Notre conscience est appelée à un « davantage », dans cette tension entre l’éclairage de l’Eglise et l’ouverture de l’Amour, un ajustement se cherche, sans cesse. Rien n’est facile mais nous pouvons le vivre avec le Christ.

Marie Paule

 

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