Espace membres

Célibat, parlons-en. Les éclairages de Claire Lesegretain

Parler du célibat au détour d’une réunion de communauté régionale dans la suite du synode sur la famille n’avait pas suffi : il fallait approfondir ! Interpellée, l’équipe service de CVX Paris Sainte Geneviève prend acte et organise une rencontre sur le sujet. Elle sera ouverte à toute la CVX francilienne et aux amis d’amis… 80 participants présents lors de cet après-midi d’octobre 2016 qui alterne prise de parole, prière et temps personnel et en petits groupes.

Cet article reprend avec son autorisation la plus grande partie des notes de l’intervention orale de Claire Lesegretain, journaliste à La Croix, invitée lors de cette rencontre.

Une réalité sociale, sociologique et psychologique

La France compte plus de 4 millions de vrais célibataires (sur un total de 13 millions de célibataires de plus de 18 ans), c’est-à-dire des célibataires vivant seuls et sans entretenir une relation affective stable. Cet état est socialement vécu comme un échec affectif et fait peur, du fait d’une dévalorisation insidieuse des personnes seules. Le discours social inconscient est culpabilisant (« si tu es célibataire, c’est que tu n’es pas assez bien pour te marier »). Quand ce discours social rejoint celui que le célibataire se tient à lui-même (« si je suis célibataire, c’est que je ne suis pas aimable »), la conjonction de ces deux culpabilités peut devenir douloureusement enfermante. S’il n’y a aucun déterminisme dans le fait de rester célibataire, Claire rappelle « qu’il peut être utile de se faire aider pour mieux se comprendre et prendre conscience d’éventuelles blessures (image négative du couple parental, éducation rigide, traumatisme sexuel…) Des blessures que le célibat, en se prolongeant, risque parfois d’accentuer (isolement affectif, timidité, dévalorisation de soi-même ou de l’autre…) ».

L’angle mort de l’éclairage ecclésial

Trop rares prières universelles à leur intention, pas de points les concernant dans les actes des synodes diocésains, encore peu de temps forts ou de sessions qui leur soient spécifiquement destinés, maladresse de bon nombre de prêtres en confession pour aborder cette question… On peut parler d’un angle mort ecclésial : les célibataires sont partout mais on ne les voit et on n’en parle jamais ! De plus, l’habituel discours ecclésial sur les « vocations » est mal compris. Celui-ci semble ne laisser d’autre alternative aux baptisés qui veulent suivre le Christ que le mariage (avec beaucoup d’enfants) et la consécration (dans la vie sacerdotale ou religieuse). Si bien que ceux qui n’ont été choisis, jusqu’à présent, ni par un conjoint ni par Dieu, se sentent doublement oubliés (pour reprendre le titre de l’excellent petit livre de Dominique de Monléon « Dieu ne m’a pas oublié » !)

Cette confusion fâcheuse entre état de vie et vocation, laisse penser que la personne qui n’est engagée ni dans le mariage ni dans le sacerdoce ou dans la vie religieuse, n’aurait pas de vocation : ce qui est faux, bien sûr. D’où l’urgence de dire et de redire que tous les baptisés ont une vocation, un appel (« vocare ») : celle d’être pleinement heureux avec le Seigneur en tant que fils ou fille de Dieu. Et que l’état de vie n’est pas une fin mais un moyen pour parvenir à cette vocation

L’éclairage théologique : célibat, promesse de fécondité

Si dans l’Ancien Testament, le terme célibat n’existe pas et que très peu de figures sont célibataires, peu à peu pourtant, des textes prophétiques vont affirmer qu’il est plus important, en vue de la pérennité du nom et donc de la vie éternelle, de suivre les commandements de Dieu que d’avoir des enfants. Ces textes sont révolutionnaires !

Avec Jésus, cette « révolution » se confirme. Son célibat n’est pas un célibat d’ascèse ou de rejet de la chair (comme celui des Esséniens). Il ne se marie pas pour pouvoir se con-juguer (joug conjugal) avec tous : « Venez à moi, vous tous qui ployez sous le fardeau (…) et prenez mon joug car je suis doux et humble de cœur» (Mt 11,28). Jésus ne fait aucune différence, parmi ses apôtres et disciples, entre ceux qui sont mariés (Pierre) et ceux qui ne le sont pas (Jean). Il s’intéresse à la démarche de foi et d’espérance des personnes qu’il rencontre, rarement à leur statut matrimonial ou familial. Avec la Nouvelle Alliance, le mariage cesse d’être une nécessité « naturelle » ou une fatalité subie : seule compte l’identité unique de chaque fils et de chaque fille de Dieu.

Du coup, la promesse de fécondité ne concerne plus seulement la transmission de la vie biologique : Jésus lui-même promet, à toute personne qui demeure en Lui et Lui en elle, qu’elle portera « beaucoup de fruits» (Jn 15,5). Le célibataire aussi a vocation à aimer, et à aimer largement…

Eclairage pastoral : Marie-Madeleine ouvre son cœur

Tout célibataire chrétien, tôt ou tard, s’interroge sur « le projet de Dieu » pour lui : Dieu est-il responsable de mon état de vie ? Ce qui amène à s’interroger sur les images que l’on a de Dieu. S’agit-il d’un Dieu tout puissant qui a tout prévu (suivre le parcours fléché jusqu’à l’âme-sœur) ? S’agit-il d’un Dieu exigeant, tatillon (faire sans cesse de nouvelles démarches de prière, de pèlerinage, pour mériter de se marier) ? S’agit-il d’un Dieu indifférent (se débrouiller) ? Aucune de ces trois images n’est celle du Dieu de l’Evangile… Car le Dieu révélé par le Christ est un Dieu d’amour, qui s’incarne, qui se fait proche de chacun et nous invite à inventer notre vie avec Lui.

Mise à l’épreuve

Parallèlement, se fait jour une contradiction entre la promesse du Christ (« Demandez et vous recevrez ») et la demande légitime du célibataire (aimer et être aimé) qui semble ne pas être entendue. Cette contradiction est un peu comparable à celle qu’ont connue les apôtres le Samedi saint : de même qu’ils se sont demandés si Jésus ne les avait pas bernés, le célibataire qui compte sur le Seigneur s’angoisse et s’attriste : et si toute ma vie n’allait que vers le néant ? C’est la mise à l’épreuve devant le tombeau. Avec deux solutions : le désespoir ou la confiance (redoublée).

Donner (et redonner) sa confiance à Dieu suppose de pouvoir relire régulièrement sa vie, sous son regard, pour y repérer les signes, les marques, de son Amour. Seule la certitude d’avoir déjà reçu des preuves d’amour de Dieu (à commencer par le don de la vie !) peut donner l’envie d’ouvrir son cœur plus grand, pour accepter d’aimer autrement, pour entrer davantage en communion avec le Seigneur

Un acte de foi : ma vie va vers la vie

C’est là l’acte de foi à poser par le célibataire, sans préjuger de l’avenir : croire qu’avec Dieu ma vie va vers la Vie. Ce qui est apparemment signe de mort (non-communion conjugale, non-fécondité charnelle, non-transmission de ce que l’on a reçu) devient, avec Dieu, signe de vie.

Puisque Dieu s’est engagé à donner à chaque homme « une aide qui lui soit accordée » (Gn 2,18), alors, il va se porter Lui-même à l’aide du célibataire, il va se manifester à lui d’une manière particulière. En ce sens, la personne célibataire qui n’a pas choisi son célibat est comparable à « Marie- Madeleine », telle qu’elle est racontée dans l’onction de Béthanie : « une femme vint, avec un flacon d’albâtre contenant un nard pur de grand prix. Brisant le flacon, elle le lui versa sur la tête. Or il y en eut qui s’indignèrent entre eux : A quoi bon ce gaspillage de parfum ? Et ils la rudoyaient. Mais Jésus dit : « Laissez-la, pourquoi la tracassez-vous ? C’est une bonne œuvre qu’elle a accomplie sur moi. Les pauvres, en effet, vous les aurez toujours avec vous et quand vous voudrez, vous pourrez leur faire du bien, mais moi, vous ne m’aurez pas toujours. Elle a fait ce qui était en son pouvoir : d’avance elle a parfumé mon corps pour l’ensevelissement. En vérité, je vous le dis, partout où sera proclamé l’Evangile au monde entier, on redira aussi, à sa mémoire, ce qu’elle vient de faire ». » (Mc 14,3-9).

De même que Marie-Madeleine est incomprise et critiquée, les célibataires subissent souvent les jugements de leur entourage : apparemment, ils gâchent leur vie. Face à ces critiques, ils peuvent être tentés de se durcir, de fermer leur trésor, leur cœur. Marie-Madeleine montre une autre voie : aller trouver le Seigneur, lui ouvrir et lui confier son cœur (flacon rempli d’un parfum très précieux), ses désirs profonds, son immense capacité d’aimer. Car ces richesses intérieures et cachées seront comme un baume réconfortant sur le cœur de Jésus. En faisant ainsi l’offrande de son cœur au Seigneur, la personne célibataire pourra apaiser et réconforter autour d’elle, et en plus elle participera à l’évangélisation (comme tout pauvre de cœur) et sera donnée en modèle pour le monde entier !!! Ainsi, vivre son célibat avec le Seigneur c’est disposer d’un parfum pur et de grand prix ! L’Eglise a besoin de ce parfum.

Découvrir sur le même sujet l’intervention assez décapante de Mgr Ravel, Evêque aux armées, lors des JMJ 2016. https://m.youtube.com/watch?v=h7MANjhax_0

Mots-clés :

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer